fautes de goût
Il est parfois pénible de voir M. Stéphane Barbery se démener laborieusement (et longuement) à sauver la cérémonie du thé de ce qu'il met pourtant bien en évidence : c'est sec, guindé, sectaire, en définitive plutôt comique, à l'instar du kimono dont le vieux Bergson avait réglé le compte. "La volupté, la jubilation, le confort, l’affection, le sourire,
l’accueil du sourire sur son visage, l’accueil du sourire sur le visage
de l’autre, ces sensations solaires font partie de la voie du thé", écrit M. Stéphane Barbery, eh bien non, désolé, c'est même tout le contraire, et vous le savez bien !
Allez, pour se sortir un peu de ces fantasmes, et oublier ce ton, un petit extrait d'Oreiller d'herbes, de Sôseki :
- Mon père a une passion pour les objets anciens. Il en a toute une collection. Je lui en parlerai et il vous invitera à prendre le thé.
Ce mot de thé m'accabla. Il n'y a pas, en notre monde, d'hommes plus prétentieux que les amateurs de thé. Ils délimitent leur territoire exigu dans le vaste univers poétique et s'y recroquevillent avec une extrême vanité, avec une extrême componction, avec une extrême mesquinerie, sans autre nécessité que de boire de l'écume et de se congratuler. Si ces règles vétilleuses contenaient un certain raffinement, ces amateurs suffoqueraient de raffinement dans les régiments de corps d'élite. Toute cette piétaille qui avance à coups de "demi-tour droite !" et de "en avant marche !" ferait une excellente troupe de grands maîtres du thé. C'étaient des commerçants et des bourgeois qui, n'ayant pas reçu d'éducation et manquant de goût, n'avaient pas la moindre idée d'acquérir du raffinement et s'étaient contentés d'appliquer au pied de la lettre des règles en vigueur depuis Rikyû, en se disant que c'étaient en elle que consistait le raffinement : il faut donc voir en eux une caricature des véritables êtres raffinés.
Rob'

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