mercredi 19 décembre 2012

Kimono, rire et mécanique (par Robinet)

 (je sens que cette image va plaire au Chasseur...)


Lu un excellent article dans le Monde (comme quoi) :

http://www.lemonde.fr/style/article/2012/12/18/la-barbe-ne-fait-pas-le-philosophe-mais-le-comique-de-la-mode-si_1807631_1575563.html


L'article reprend l'analyse bergsonienne bien connue du rire comme rappel à l'ordre (à la vie, à l'improvisation créatrice) là où du mécanique est plaqué sur du vivant, pour l'appliquer à la mode :


"(...) cette vision du mécanique et du vivant insérés l'un dans l'autre nous fait obliquer vers l'image plus vague d'une raideur quelconque appliquée sur la mobilité de la vie, s'essayant maladroitement à en suivre les lignes et à en contrefaire la souplesse. On devine alors combien il sera facile à un vêtement de devenir ridicule", poursuit Bergson*. Pour illustrer ces propos, viennent immédiatement à l'esprit ces pantalons trop baggy ou ces robes exagérément cintrées qui font s'apparenter les silhouettes de ceux qui les portent à celles de pantins, bouffons, clowns, pingouins, poupées, "mannequins" (c'est-à-dire au premier sens du mot : imitations artificielles – de cire, de paille, de plâtre – de la figure humaine). Puis un doute nous saisit : et si ces exceptions étaient la règle ?! Si n'importe quel article de mode était doté d'un potentiel comique ? Car tout vêtement, tout accessoire, toute "tenue" nous fige et nous artificialise un peu. Ainsi, "on pourrait presque dire que toute mode est risible par quelque côté", continue Bergson.

Wesh bout d'bois ! Voilà qui est bien dit. 


Alors la mode, oui bien sûr, ça m'a toujours semblé répugnant, ces poses, ces mines, ce sérieux.


Pourtant, j'avais en tête en lisant le papier un tout autre exemple ; non pas les pantalons baggy, les chaussures à talon, les jeans "slim" mais plutôt, n'est-ce pas, le kimono qui, ne cherchant même pas à imiter la souplesse de la vie, transforme toute personne en lapin Duracell plus ou moins bossu, affichant un symbolisme un peu ridicule... et, qui devient en fin de compte inélégant par trop rigide, chargé et prétentieux, dans un pays qui prône souvent, au contraire, les vertus de la simplicité (wabi-sabi, iki, esthétique zen etc., je ne vais pas faire mon Barbery).


(cela dit, c'est un vêtement qui doit plaire aux quelques blogueurs phallocrates qui me lisent, je ne cite personne : en kimono, autonomie zéro, et impossible pour une femme d'aller bien loin)


Merci au vieux Bergson, et à Sophie Chassat, l'auteur de l'article. Je comprends mieux maintenant ce qui m'a toujours semblé risible dans cette esthétique ultra-guindée, dans ce vêtement si raffiné, si prout-prout,  que seul Michaux avait su mettre en lumière, en parlant des geisha bossues à la poitrine comprimée, si je me souviens bien, dans Un Barbare en Asie, ce livre d'une réjouissante mauvaise foi qu'il est bon de relire de temps en temps, en cas d'indigestion de tatami.


et vive le áo dài ;-)

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